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JEF Avril 2022

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Magazine JEF JEF - Ce n’est qu’après, longtemps après En guise d'éditorial, quelques extraits de l'avant-propos du livre « Jacky » Ce n'est qu'après, longtemps après. Fils de. Mes premiers souvenirs remontent à l’époque où la famille vit à Montreuil-sous- Bois en région parisienne, entre novembre 1955 et février 1958. Dès mes premières années, j'observe silencieusement ce qui m’entoure et m'étonne, et que mon enfance ne comprend pas très bien. Heureusement, un sentiment doux et rassurant, semblable à un petit sentier de lumière se dessine lorsque mon père est présent. Du haut de mes 4 ans, ce magicien aux longs bras, aux grandes mains, à la voix forte, dégageant une énergie qui me fascine, transforme par sa personnalité les ambiances, les atmosphères, comme un rayon de soleil inattendu illumine soudainement un paysage. Au fil des années, ce petit sentier de joie s’est élargi. Devenue adulte, je l'emprunte chaque fois que j'ai l’occasion d’évoquer la vie ou l'œuvre de mon père. Mais parler de Jacques est une chose, écrire sa vie en est une autre. Depuis de nombreuses années, habitée discrètement par le souhait de rédiger, j'ai estimé avant de prendre la plume, qu’il me fallait encore et encore me confronter à la multitude des ressentis de la vie, au poids du destin, aux douleurs qui vous lacërent les soirs de défaite et aux éclatements du cœur les jours de bonheur indicible. JEF - Ce n’est qu’après, longtemps après Homme de son époque, il fallait le replacer dans son contexte familial, social, politique et culturel. Pour ce faire, il m’apparut évident d'intégrer à mon récit la rigueur d'une chronologie et de m'astreindre au rythme du temps, notion si importante pour lui. Ce déroulement du fil des jours me permet non seulement d'approfondir la complexité du ressenti de l'instant, son intensité, mais surtout de m'exprimer au présent, n'hésitant pas à évoquer avant leurs rencontres avec mon père, des femmes et des hommes, futurs témoins de sa vie. Comme tous les Bruxellois, Jacques a grandi tout naturellement avec l'accent de sa ville et c’est pourquoi de nombreuses expressions de ce dialecte parsèment le récit, un parler qu'il pratiqua toujours avec joie. Je vous invite à suivre l’itinéraire de mon père, ce pëlerin de la vie, éternel nomade parti à la rencontre des hommes avec pour unique bagage son envie d'écrire et son cœur grand ouvert. Plus de 40 ans après l’envol de Jacques, grâce aux nombreux témoins et à notre travail d'archivage à la Fondation Brel, ce récit reste surtout le fruit d'une vie, la joie de témoigner, longtemps après. Parution en juin Dans mon dernier éditorial je n’ai pu m'empêcher d'évoquer les regards éberlués de ces enfants otages, oubliant la joie et leurs jeux, passant leur nuit dans des abris de fortune. J'ai croisé le regard tendre et silencieux de l’un d’eux. Il se nomme Yaroslav et du haut de ses 5 ans est arrivé de la ville Kharkiv avec sa mère et sa sœur Sofia. Touchée par sa sensibilité je me demande, si devenu grand, il ne voudra pas se souvenir de la semaine vécue sous les bombardement, de la fuite familiale et tout comme mon père, longtemps après, écrire des chansons comme des prières pour éviter une nouvelle guerre. France JEF - Ce n’est qu’après, longtemps après NS N EN racontée par France Brel RECIT Extrait du tome n°2 de la chronique « Un troubadour » Résumé Le mois dernier, l'extrait de la Chronique évoquait l'automne 1946 quand Jacky savourait sa passion pour la poésie d'Émile Verhaeren. Aujourd'hui, encore sous le choc de son renvoi de l’Institut Saint-Louis il y a quelques jours à peine, mon père se laisse entrainer par son camarade Robert Martin à rencontrer Hector Bruyndonckx, le président du mouvement de jeunesse, La Franche Cordée. En ce jour de Noël 1946, comme chaque année, c'est journée portes ouvertes JEF - Ce n’est qu’après, longtemps après chez les Bruyndonckx où jeunes filles et jeunes gens se retrouvent dans l'après-midi. Mon père et ses camarades pénèêtrent dans le salon de la grande maison. Le 25 décembre 1946 vers 16 heures, alors que les discussions sont déjà bien animés, intimidé, sur le seuil des trois pièces en enfilade du bel-étage (rez-de-chaussée surélevé d’un demi-étage), où les meubles ont été repoussés le long des murs pour la circonstance, mon père découvre le groupe d'une cinquantaine de jeunes, joyeux et bavards. me souviens des trois jeunes qui disent bonjour à tout le monde. Jacques va s'asseoir dans le fond du salon. Mon père, Hector, quitte sa place et va se mettre à côté de lui pour en savoir un peu plus sur lui.[1] Profil bas, Jacky répond aux questions d'Hector. I! lui explique son renvoi inattendu de l’Institut Saint-Louis, la colère majuscule[2] de son père, précisant que sa mère, comme souvent, tente de tempérer les émotions de la situation. I! avoue qu'il s'attendait certes à être moflé (à avoir raté) à plusieurs de ses examens de Noël mais certainement pas à être exclu de l'établissement. Doucement envahi par la chaleureuse impression d'être écouté par cet adulte attentif à son récit, mon père glisse parfois vers son interlocuteur des regards furtifs et timides. L'échange dépourvu de jugement qui s'installe entre eux lui rappelle son premier face à face avec l'abbé Dechamps. Peu à peu il prend confiance en présence de cet adulte qui lui témoigne une attention sincère. L'œil vif derrière ses lunettes, la sensibilité sans cesse déployée vers la souffrance et les soucis de l'autre, Hector écoute les ressentis d'échec et d’humiliation décrits par mon père et trouve les mots qui apaisent l’âme blessée. Survolant d’un regard bienveillant ces jeunes réunis autour de lui et dont il se sent responsable, il présente à mon père les intentions du mouvement de jeunesse créé il y a quelques années. I! explique à Jacky les différentes activités organisées en équipe sportives, sociales et de divertissement à travers lesquelles il est souvent question de venir en aide à ceux qui en ont besoin. Jacky écoute attentivement la

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